Samedi, j'ai vu pour la dernière fois le chirurgien qui m'a opéré. Ma fracture se consolide bien, bonne reminéralisation des os, pas de déformation du poignet, toujours un déficit au niveau de l'extension dorsale et une suspicion de canal carpien demeure chaque fois que mon poignet fait un effort.

Pourquoi je parle de ça, tout simplement parce que j'ai envie d'évacué toute cette histoire qui traîne maintenant depuis plus de 6 mois.

Le 2 Février, on est samedi matin, j'ai convaincu Zhôm d'aller se ballader en ville pour faire des achats (je voulais en profiter pour lui acheter son cadeau d'anniversaire). Deux choix possibles: Alençon ou Caen. Zhôm me demande de choisir, je vote pour Caen car c'est plus grand et j'ai plus de choix pour son cadeau.
Début d'après midi, on décide de passer voir mes parents pour leur faire un petit coucou avant d'aller à caen. On discute de tout et de rien, ma mère est de garde à l'hôpital ce week end et ma soeur est de repos, on les quitte en leur disant qu'on va faire les magasins.

Il fait super beau. Au volant de ma petite saxo bleue que j'adore, je roule tranquillement  et je discute avec Zhôm de ce que l'on va faire là-bas. On arrive à hauteur du Haras du Pin, je rappelle à Zhôm que les virages ici sont très dangereux il me rétorque que je radote et que ça fait 100 fois que je lui dis. Je me dis que je deviens vieille avant l'âge :P Enfin bref, je roule selon la limite de vitesse (40km/h) et j'approche du premier virage.

Tout d'un coup, je vois une voiture surgir du virage en face de moi, elle roule vite, zhôm me crie "attention, la voiture", je tente de freiner mais j'ai à peine le temps car la voiture en face est entrain de zigzaguer et nous fonce dessus. Je crie!!!

J'ouvre les yeux et relève la tête, j'ai un énorme nuage de poussière blanche devant moi, l'airbag s'est dégonflé, je me détache en quatrième vitesse et en me tournant vers Zhôm je lui dis de sortir. Il me répond qu'il ne peut pas, qu'il a très mal à la cage thoracique. J'ouvre ma portière et regarde dehors, je vois la voiture blanche qui nous a percuté dans le fossé, deux gars sont entrain d'en sortir. Je leur demande si tout va bien, ils me répondent que oui.
Je fouille dans la poche de mon pantalon pour trouver mon portable (je crois que c'est la première fois de ma vie que j'avais mon téléphone à portée de main, mais surtout c'est la première fois que je savais exactement où il était). Paniquée, je crie que je ne sais plus quel est le numéro des pompiers sur un portable, quelqu'un me dit que c'est le 112.
Je compose le numéro, je raconte ce qu'il vient d'arriver et là à nouveau un blanc quand on me demande où ça s'est passé, merde alors! impossible de me souvenir du nom de ce lieu que je connais pourtant, je demande à un gars qui se trouve là, mais oui bien sûr c'est le lieu-dit de la tête au loup!!! Tout en parlant au pompier, je fais le tour de la voiture pour ouvrir la portière de Zhôm, j'essaye de l'ouvrir, la main me fait très mal je n'arrive pas, je demande à un monsieur âgé présent d'ouvrir la portière. Je m'accroupis auprès de Zhôm et décris au téléphone les symtômes qu'il a. Le gars me dit qu'il envoie une équipe tout de suite
Je parle à Zhôm, j'ai peur qu'il perde connaissance et j'ai peur de voir sa chemise se tâchée de sang, avec son accord je baisse son siège pour tenter de la soulager. Je décide d'appeler mon père pour le prevenir. Je lui raconte brièvement ce qui vient de se passer, lui et ma soeur sont paniqués, ils me disent qu'ils arrivent tout de suite.
Je retourne auprès de Zhôm, je lui parle, je réalise soudain que je suis dans le brouillard, j'aperçois mes lunettes coincées sous ses fesses. Je les récupère difficilement car dès qu'il bouge il crie de douleur. Puis je me retourne et vois 3 ou 4 personnes autour des voitures accidentées, ils sont la circulation autour de nous.
Je me souviens alors que mes parents m'ont toujours dit de prendre l'adresse de témoins si j'étais victime d'un accident. J'abandonne Zhôm à contrecoeur pour aller voir le couple de personnes âgées. Je leur demande s'ils ont vu quelque chose. Ils me racontent que la voiture qui nous a percuté les a doublé à grande vitesse juste avant d'arriver dans le  fameux virage. Je leur demande si je peux prendre leur adresse, ils me la donne sans aucun problème, je les remercie chaleureusement et retourne voir mon homme.

Je l'ai à peine rejoint que les secours arrivent, un homme vient me voir et me demande si c'est moi qui ai appelé je confirme et je leur dit que mon ami est blessé dans la voiture. Deux autres pompiers (ou gars du smur, je suis incapable de le dire encore aujourd'hui) s'occupent alors de lui et lui pose une minerve. Pendant ce temps, le premier homme me demande de le suivre ce que je fais à contre coeur en regardant au dessus de mon épaule pour voir ce qu'il se passe autour de Zhôm. Il me fait monter dans le camion, m'oblige à m'allonger. Une des portes de l'ambulance se referme, je ne vois plus ce qui se passe pour Zhôm.
Un autre homme me demande alors où j'ai mal, je lui dis que ma main droite me fais horriblement souffrir, il place donc mon bras dans une espèce de longue poche à velcro qui se refroidit rapidement pour, selon le gars, me soulager, je lui répond que ça me lance énormément. Je me plains également du sternum, il regarde: j'ai la trace de la ceinture sur le sein droit. Il me fait également une prise de sang, je comprend que c'est pour un contôle d'alcoolémie et une recherche de toxiques. J'entend alors un autre homme dans l'ambulance posait des questions à une personne qui devait se trouver là avant que je monte. Je réalise que c'est l'un des deux gars de l'autre voiture.
Une gendarme monte, elle me demande mes papiers, je fouille dans mon sac avec mon autre main et les lui tend. Elle me demande ce qui s'est passé, je lui raconte. Elle descend. Le passager de l'autre voiture (j'ai su après qu'il s'agissait du passager) est invité à descendre du camion. On me perfuse à coup de morphine pour me soulager. J'entends une voix à l'extérieur qui me semble familière, une tête apparaît: ma soeur! Elle demande à monter en expliquant qu'elle est infirmière, on l'y autorise. Je lui demande des nouvelles de Zhôm, il vient de partir en ambulance vers l'hôpital d'Argentan, elle a à peine pu le voir. Mon père apparaît à son tour dans l'encadrement de la porte, il a le visage complètement défait, c'est la première fois de ma vie que je le vois comme ça, ça m'a complètement retournée. Un des ambulanciers leur demande de descendre on va m'emmener à l'hôpital, ma soeur demande à rester pour faire le voyage avec moi. Pendant le trajet, celle-ci m'explique que mum est prévenue mais comme elle est de garde elle ne peut pas venir. Je lui raconte en détail tout ce qui s'est passé.

On arrive à l'hôpital, on me transfert dans une salle des urgences, je passe devant les deux gars de l'autre voiture, ils se tiennent comme si de rien n'était dans l'encadrement d'une porte, je suis écoeurée. On m'installe sur un lit à 2 ou 3 mètres de Zhôm, je suis heureuse de le revoir, j'ai envie de me lever pour aller le voir mais on m'oblige à rester allongé. Ils s'affairent tous autour de lui, il ne parle pas car cela lui fait mal. Un des urgentistes vient m'aider à me changer pour enfiler une blouse, je constate que j'ai de gros hématomes partout sur le corps, ma main me lance toujours et c'est avec beaucoup de mal qu'on m'enlève mon t-shirt. On m'envoie alors passer des radios. Ma main me fait de plus en plus mal et mes doigts sont complètement gonflés c'est avec beaucoup de difficultés qu'on parvient à faire des clichés de ma main et du poignet. Je reviens dans la salle où se trouve Zhôm, me voyant à nouveau, il sort une connerie (zhôm, à la base, aime bien dire des conneries^^) et moi de dire à l'équipe présente autour de nous que s'il dit une connerie c'est que cela va mieux, en même temps je me rassure en me disant cela. On lui enlève sa minerve et on l'envoie à son tour en radiologie.
Ma soeur et mon père sont autorisés à venir me voir, mon père me raconte qu'il était près à aller casser la gueule au conducteur de l'autre voiture quand on les a appelé pour venir nous voir. Je lui dis que ce n'est pas la solution. Un medecin urgentiste nous annonce qu'il a les radios: y a des chances pour que ce soit un poignet cassé un chirurgien va passer pour nous dire ce qu'il en pense, mais avant il faudrait que je passe un IRM. On me remmène donc pour passer cet exam. La machine est en panne, le temps me semble long, la deuxième perf de morphine me shoot et me fait somnoler. Finalement l'examen a lieu et on me renvoit dans la salle des urgences.
Zhôm est revenu entre temps, verdict: deux côtes cassés, des contusions sternale et cervicale. Le chirurgien arrive avec mon IRM, fracture très compliquée, y a des morceaux et le poignet à basculé vers l'avant. Il est honnête, il me dit de suite qu'il n'a pas les compétences pour une telle fracture, il me propose alors deux choix: l'hôpital de l'Aigle avec le chirurgien S. ou la clinique SOS mains du Mans avec le chirurgien BOUR, il nous laisse réffléchir. Ma soeur joint ma mère pour lui donner des nouvelles et lui expliquer le choix à faire. Ma mère contacte sa soeur qui a été opéré par le Dr Bour, celle-ci nous conseille le Dr Bour sans hésiter.  Le médecin urgentiste revient nous voir pour savoir ce qu'on fait, je lui dis que j'opte pour le mans. Il me répond que je peux être opérée là-bas dès ce soir ou demain matin. Voulant rester avec Zhôm pour la nuit, je demande que cela soit plutôt pour demain. Deux infirmières viennent ensuite me voir en me disant qu'elles doivent refaire mon attelle  mais comme cela risque d'être très douloureux, elle vont me faire respirer un gaz hilarant du nom de MEOPA pour que je ne sente rien. Elles me demandent de me détendre et que tout va bien se passer. Elles arrivent alors avec une bouteille de gaz, me place le masque sur la bouche et le nez et insistent sur le fait de me détendre. Je me sens partir au bout de quelques secondes, puis c'est le noir. Au bout d'un moment j'entend une voix très très lointaine, j'ouvre doucement les yeux et là panique, je ne connais pas ce plafond, on me maintient le corps, j'ai l'impression d'être une aliéné dans un hôpital psychiatrique, je me débat, j'entend la voix qui se rapproche, elle ne cesse de répéter "vous m'entendez?", une main me caresse le front pour m'apaiser. Je retrouve mes esprits petit à petit, je me rapelle l'accident et finalement je me détend, on dessert l'étreinte. Les infirmières me demandent comment je vais, je leur raconte ce par quoi je suis passée, elles ont un petit sourire puis s'en vont. Je tourne la tête vers Zhôm, ma soeur et mon père rentrent, je leur raconte ce qu'il vient de se passer, Zhôm me dit que j'ai pas arrêté de bouger que j'ai tendu le bras vers lui comme pour l'attrapper et que j'ai eu un regard de folle.Ca me fait froid dans le dos

Ma soeur et mon père décident de rentrer à la maison pour donner des nouvelles à la famille. On nous installe dans une chambre commune  (saviez vous que si on est pas marié normalement on n'aurez pas du être dans la même chambre?)et on nous apporte à manger. J'ai du mal à m'alimenter du fait de mon poignet droit. Les aide-soignantes viennent récupérer les plateaux et nous invite à dormir. Zhôm et moi discutons un peu puis c'est le silence. Je n'arrive pas à dormir, la douleur m'en empèche et puis l'accident passe et repasse sasn cesse dans ma tête. Et finalement je craque, je pleure, je n'arrive pas à m'arrêter, je prend conscience que Zhôm et moi l'avons échappé belle et que comme l'ont dit les gendarmes si l'autre voiture nous avait pris 50 cm plus haut nous ne serions probablement plus là. Une aide-soignante m'entend pleurer et tente de me réconforter, me dit que nous sommes en vie et que tout s'arrangera. Je finis par me calmer, je tente de fermer les yeux pour dormir, mais je n'y arrive pas.
Finalement vers 7h du matin, une équipe d'ambulancières vient me chercher pour m'emmener au mans. Je dis au revoir à Zhôm avec un noeud dans la gorge et je pars. Je discute un peu dans l'ambulance mais la fatigue et la morphine me gagne et je somnole. Quand je rouvre un oeil on est entrain de m'installer dans ma nouvelle chambre et on m'annonce que je vais être opéré vers 10h. On me prépare pour le bloc et on m'y descend. L'anesthésiste m'injecte le "shoot du bonheur" et c'est dans les vaps que le Dr Bour m'opère. A travers la brume dans laquelle je suis, j'entend l'équipe s'affairée, j'entend la perceuse, je sens qu'on met des broches dans mon os, je sens cet os bougait jusque dans mon épaule. On me remmène dans ma chambre, je dors quasiment toute la journée, mon poignet est bloqué par un drôle pansement constitué de deux drôles de bosses et mon bras anesthésié à tendance à glisser sans que je le sente. Avec une infirmière on décide de le placer sur un oreiller et on remonte la barre du lit pour que l'oreiller ne bouge plus. Je mange un peu et me rendors pour la nuit.Je me réveille dans la nuit à cause d'une poussée d'urticaire que les infirmières soulagent à coup d'antihistaminiques.

Je passe mes journées seule avec la petite grand mère avec qui je partage la chambre à discuter quand je ne suis pas au téléphone avec Zhôm ou ma famille. Un après midi ma tante passe puis le lendemain c'est ma mère qui me ramène des affaires et qui m'aident à prendre une vraie douche et à me laver les cheveux (pas facile en effet avec un bras enroulé dans un sac poubelle pour éviter que le pansement ne soit mouillé et l'autre bras perfusé).
Finalement, le lendemain on m'envoie passer des radios, le Dr Bour me dit que tout s'est très bien passé, qu'il m'a posé une broche en direct dans l'os pour recoller les morceaux et qu'il a posé un fixateur pour tenir mon poignet droit. Il m'annonce que je peux sortir dans l'après-midi. Je remonte dans ma chambre et là je vois beau-papa, il me dit que mes parents sont partis en radiologie me chercher. Il m'aide à faire mon sac et à manger. J'ose à peine le regarder, j'ai peur qu'il ne m'en veuille pour l'accident. Finalement il évoque le sujet et me rassure, ce n'est pas de ma faute et il est heureux que l'on soit en vie (il faut dire que son propre père a été tué dans un accident de voiture comme le nôtre, alors comprenez mon angoisse). Mes parents reviennent de la radio, on descend faire les papiers de sortie et pour la première fois depuis 5 jours, je sors prendre l'air! Je respire à plein poumon, je me dis que j'aurais très bien pu ne jamais rerespirer l'air comme je le fais à ce moment même, j'ai les larmes aux yeux.

Puis arrive le moment le plus craint: remonter dans une voiture, je tremble comme une feuille, je m'installe à l'arrière, je m'attache. J'ai peur tout le long du trajet, je me cramponne au siège, je fais des bonds chaque fois qu'une voiture ou un camion nous double. Enfin on arrive chezmes parents où je retrouve mon homme et sa mère. La semaine se passe à coup d'antihistaminiques, de pansements à refaire, de déprimes, de craintes en voiture... je retourne au mans un mois plus tard pour enlever les broches et le fixateur. Je rentre avec un bras plus léger même si un pansement demeure pour protéger les cicatrices. Ma une main n'a plus de force et mes doigts sont quelque peu atrophiés. Je commence la kiné pour me remettre doucement. Les mois sont longs et finalement se ressemblent beaucoup...



Aujourd'hui, ma main n'a pas encore récupéré sa force et je continue la kiné pour améliorer le déficit de l'extension. J'ai 5 cicatrices bien visibles et rouges violacées.

Mais surtout si aujourd'hui j'ai tenu à faire ce billet c'est pour remercier toutes les personnes qui m'ont encadrée et soutenue pendant cette épreuve.
Tout d'abord ma famille qui a pris un sacré coup (notamment mon père qui s'est pris deux claques dans la journée, tu m'en vois encore désolé) mais sur laquelle je sais que je peux compter. Merci à vous tous.
Merci à ma soeur qui m'a accompagné et qui a été notre aide infirmière à Argentan à défaut de Mum coincée à cause de sa garde.
Merci aux parents de Zhôm qui ont fait près de 500km pour venir nous soutenir dans cette épreuve et qui m'ont aidé à me déculpabiliser. Beau papa a sacrément tenu le choc, lui qui a perdu son père dans le même genre d'accident, a failli également perdre son propre fils.
Merci aux différentes équipes sur les lieux de l'accident, à l'hôpital d'Argentan et à la clinique du Mans.
Merci également aux témoins de l'accident qui n'ont pas hésité à faire une déposition pour éclairer les gendarmes sur les circonstances de l'accident.

Et enfin un immense merci au Docteur Bour, un très grand chirurgien qui a réussi à me redonner un poignet droit quasiment comme avant ou presque malgré la complexité de la fracture (ce n'est pas pour rien à mon avis qu'il fût le chirurgien des mains de Reagan). Dans mon malheur, j'ai eu la chance qu'il soit de garde ce week-end là. Je ne le remercierais jamais assez de ce qu'il a fait pour moi et pour tout ceux qui sont passé entre ses mains. C'est un homme d'une infini douceur et je sais que si je devais me faire opérer pour mon début de canal carpien je ne voudrais pas d'autres chirurgien que lui.
Encore merci.